| " En me prenant pour une Azerbaïdjanaise on m'a frappée avec la crosse d'une mitraillette"
20:10 25-02-2010
Interview exclusive de Vesti.Az avec Victoria Ivleva, envoyée spéciale du journal russe "Novaya gazeta", étant en février 1992 à Khoudjalou, une ville prise par les Arméniens.
- Comment vous vous-êtes trouvée à Khodjalou, une ville prise par les Arméniens?.
- Maintenant je ne me rappelle plus exactement comment je me suis trouvée à Khodjalou, mais je voudrais souligner que pendant les hostilités du Haut Karabagh j'y étais à plusieurs reprises en qualité de journaliste libre, et en outre, comme de la part du côté azerbaïdjanais, aussi bien que du côté arménien. Mais au moment de la prise de Khodjalou j'étais du côté arménien. Je veux dire tout de suite, que je n'ai pas vu les gens morts que Tchinghiz Moustafaev a montrés dans son reportage,étant donné que je suis entrée dans la ville de l'autre côté.
- Qu'est-ce que vous avez vu dans la la ville prise par les Arméniens? Avez-vous vu des civils restés dans la ville?
- Effectivement, j'ai vu des civils dans la ville, mais ce n'étaient pas des Azerbaïdjanais, c'étaient des Turc-Meskhétiens, qui ont été fait émigré là-bas en pleines hostilités du Haut-Karabagh. C'était au petit matin du 26 février. Je me rappelle bien comment les militaires Arméniens ont chassé ces gens-là de leurs maisons. Il y avait là une femme aux yeux bleus, elle s'appelait Muslyuda. Elle avait cinq enfants, d'ailleurs, le plus petit n'avait qu'un jour. C'est-à-dire l'enfant était né la veille de la prise de Khodjalou. Les gens étaient pratiquement déshabillés, ils avaient mis les caoutchoucs à la va-vite sur les pieds nus.On chassait les gens comme des prisonniers quelque part, je marchais avec eux. J'ai pris ce petit sur les mains et je l'ai couvert sous ma veste, pour le chauffer de quelque manière. Dans la foule des otages il y avait essentiellement des femmes et des enfants. Un homme armé, qui était à cheval, s'est approché de moi et m'a frappée fort sur le dos avec la crosse de la mitraillette en me prenant pour une otage Azerbaïdjanaise ou Turque-Meskhétienne. En ce moment-là j'ai senti ce que c'est que la non-liberté.
- Vous ne savez pas ce qui s'est passé avec ces gens-là?
- Les otages étaient gardés dans une maison. J'ai vu qu'ils les nourrissaient. Ensuite ils ont été échangés contre les otages Arméniens. J'ai vu moi-même comment on les échangeait. J'ai même donné un peu d'argent à Muslyuda. Après cela je ne l'ai jamais vue. Pourtant, je voudrais beaucoup la revoir, savoir ce qui c'est passé avec elle après.
- Avez-vous des militaires du 366ème régiment russe à Khodjalou, la ville prise par des Arméniens, qui a participé à l'assaut?.
- Je ne sais pas si les militaires Russes étaient là. Là tout le monde parlait russe, et il était impossible de distinguer qui était Arménien et qui était Russe.
- Vous avez mentionné, que vous avait été aussi du côté azerbaïdjanais...
- Oui, j'ai été aussi à Stepanakert (Khankendi) et à Shushi peu avant sa conquête. Je me rappelle un cas à Shushi. Nous, les journalistes, nous attendions l'accueil chez un fonctionnaire local, si je ne me trompe pas, le chef du comité exécutif de la ville ou de la région, il est difficile de se rappeler maintenant. Voilà, à ce moment-là, quand nous attendions dans la salle de réception, une certaine personne est entrée dans le cabinet de ce fonctionnaire et l'a tué. Nous avons été tous arrêtés tout d'un coup. Le plus pire, c'était pour Savik Shuster, le journaliste actuellement célèbre. Les Azerbaïdjanais ont pensé, qu'il était Arménien. C'est seulement son passeport canadien qui l'a sauvé de la ''justice'' inévitable et ses cris sur le fait, qu'il n'était pas du tout un Arménien, mais un Juif.
Je veux dire, que Karabagh est devenu l'école principale pour ma vie. J'ai vu la souffrance des deux côtés, les gens souffraient de la même manière, indépendamment de leur appartenance nationale. Mais Khodjalou est une grande plaie pour les Azerbaïdjanais.
Source: Vesti.Az |